vendredi 28 août 2009

ORDINAIRE 22 (B)

"Ils prennent leur repas sans s'être lavés les mains"

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats. – Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas sans s’être lavés les mains. » Jésus leur répond : « Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l’Écriture : ‘Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains’. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. »

Puis Jésus appela de nouveau la foule : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »

Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans et rend l’homme impur. »

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 7, 1..23

VINGT-DEUXIEME DIMANCHE ORDINAIRE B

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Un homme libre

Jésus : un homme libre. Relisez attentivement les Évangiles et vous verrez comment, en de multiples circonstances, il manifeste cette liberté totale, aussi bien vis à vis de sa famille que des autorités civiles ou religieuses, et même vis-à-vis de la Loi religieuse d’Israël. Rappelez-vous comment, dès l’âge de douze ans, il réplique à sa mère qui lui disait combien « ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés. » A cette remontrance maternelle, il répond en parlant de « la maison de mon Père » Et l’on sent bien comment, très vite, il a pris ses distances vis à vis de sa famille et de son environnement social. Même liberté vis à vis des divers groupes religieux qui composent la société de son temps : il n’appartient à aucune secte, ni pharisien, ni sadducéen, ni zélote, ni à aucune catégorie de maîtres ou de rabbins. Il n’appartient à personne. Il est libre dans le choix de ses amis, dans ses relations aux autorités, comme dans son enseignement au peuple.

Et vis-à-vis de la Loi ? On lui reprochera de ne pas respecter les multiples prescriptions de cette Loi divine. Et c’est vrai que, très souvent, il semble s’opposer à de multiples commandements qui, pour lui, sont un carcan imposé au pauvre peuple. Rappelez-vous le « sermon sur la montagne » et les nombreuses phrases qui opposent « on vous a dit... » à « et moi je vous dis... » Mais qu’on ne se méprenne pas. Si Jésus réagit ainsi, ce n’est pas pour « abolir la Loi », mais pour en restaurer tout son sens et toute sa valeur. Passer des détails à l’essentiel. L’essentiel ne dépend pas des « traditions des hommes » : il est dans le grand commandement : tu aimeras. Jésus se comporte en juif pieux. Il récite chaque jour le « Shema Israël », qui est la prière de tout bon juif, aujourd’hui encore, prière qui rappelle essentiellement le grand commandement. Il va, comme tout bon juif, chaque samedi, à la synagogue. Il monte à Jérusalem pour les grandes fêtes. Mais ce qu’il conteste, c’est l’utilisation de la religion par des hommes pour rendre d’autres hommes esclaves, alors qu’elle avait pour but de mener les hommes à pratiquer l’amour entre eux aussi bien qu’à l’égard de Dieu.

Le libérateur

Un homme libre, c’est obligatoirement celui dont les attitudes et les enseignements sont libérateurs. Jésus voulait que ses disciples soient comme lui des hommes libres. Qu’ils ne soient pas les esclaves de tous les conformismes sociaux ou religieux. Je crois qu’il a fallu du temps pour que ceux qui le suivaient se libèrent de toutes ces traditions qui étaient comme autant de carcans. Pour qu’ils soient libres vis à vis du repos du sabbat qui par exemple, les empêchait de faire plus de tant de pas ce jour-là, comme de toutes les prescriptions alimentaires et rituelles imposées aux hommes. Il faut du temps pour comprendre que « ce n’est pas ce qui est extérieur à l’homme qui le salit », mais que c’est « ce qui sort de l’homme qui le rend impur. » Et une fois qu’on a compris cela, il faut avoir le courage de braver les interdits et les réflexions de tous les bien-pensants pour se mettre à table, par exemple, sans s’être lavé les mains !

Quelle pollution ?

Il faut du temps ! Tellement de temps qu’aujourd’hui encore, et même plus que jamais, ce n’est pas encore rentré dans l’esprit de nos contemporains. Nos peurs sont toutes l’expression de ce réflexe : c’est ce qui est extérieur à l’homme qui le souille. Jamais autant que de nos jours les hommes n’ont eu peur de toutes les pollutions (extérieures) : depuis les gaz d’échappement jusqu'aux centrales atomiques, pour ne citer que deux facteurs primordiaux de cette pollution qui nous menace. Effet de serre, couche d’ozone, réchauffement de la planète, OGM, aliments cancérigènes... je n’en finirais pas d’énumérer tout ce qui nous menace. Mais, en même temps, qui se soucie de tous ces facteurs de pollution psychique, intellectuelle et morale qui viennent « du cœur de l’homme » ? Du cœur de notre humanité. Jésus en fait l’énumération. Une énumération édifiante : pas un terme à retrancher de nos jours. Je ne suis pas ici pour me lamenter, mais je crois que chacun de nous devrait y réfléchir. Tous s’accordent pour dire que nous vivons dans un monde malade, mais le diagnostic est différent selon les personnes. Et si toutes les maladies de notre monde, y compris les divers risques de pollution, venaient « de l’intérieur, du cœur de l’homme » ?

Être vrai

Jésus critiquait les pharisiens de son temps. Il ne leur reprochait pas leur souci d’observer la Loi. Il leur reprochait simplement leur hypocrisie. Il leur reprochait le décalage qu’il y a entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Leur conduite et leurs paroles n’expriment pas les pensées qui habitent leur cœur. Un jour, il ira même plus loin dans ses critiques et les traitera d’aveugles. Il y a une relation entre hypocrisie et cécité : l’hypocrite, à force de tromper les autres, en arrive à se tromper lui-même. L’hypocrisie n’est pas seulement un mensonge. L’hypocrite trompe les autres pour gagner leur estime et leur respect, avec des gestes et des paroles qui ne correspondent pas à ce qu’il pense profondément. Il se situe dans le domaine du « paraître », et cela lui suffit. Les hypocrites veulent simplement préserver une image d’eux-mêmes, ils sont esclaves de cette image. Jésus parlait aux pharisiens de son temps, mais son message vaut pour nous aujourd’hui. Nous devons apprendre à vivre sans masques. Être vrais, et donc ne pas « mettre la charrue avant les bœufs. » Le danger de pollution, il est d’abord en chacun de nous. C’est là que doit se jouer le véritable effort de discernement pour ne pas se tromper d’ennemi et y gagner la « pureté de cœur », unique condition pour voir Dieu. « Bienheureux les cœurs purs : ils verront Dieu. »

28 août 2006

...avec des mains impures ?...

Le pur et l'impur.

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. - Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s'être aspergés d'eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d'autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats. - Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : "Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas sans s'être lavés les mains." Jésus leur répond : "Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l'Ecriture : 'Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu'ils me rendent ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains'. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes."

Puis Jésus appela de nouveau la foule : "Ecoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur."

Il disait encore à ses disciples, à l'écart de la foule : "C'est du dedans, du cœur de l'homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans et rend l'homme impur."

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 7, 1..23

VINGT-DEUXIEME DIMANCHE ORDINAIRE B

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Désacralisation.

" Avant de vous mettre à table, il faut vous laver les mains". Quoi de plus naturel que cette prescription qu'on trouve dans la Bible ! C'était d'autant plus normal, à l'époque de Jésus, qu'il n'y avait pas de fourchettes et que tout le monde mettait la main dans le plat. L'évangéliste Marc, écrivant pour des lecteurs ignorants des coutumes juives, prend la peine de détailler un grand nombre de ces prescriptions d'ordre hygiénique : douches en revenant du marché, lavages des coupes, des cruches et des plats, comme si de telles pratiques avaient été alors quelque chose d'inusité, voire de bizarre ! Ce qui paraît à première vue plus étonnant, c'est que les disciples de Jésus ne se soient pas conformés à de telles pratiques.

C'est que Jésus vient d'entreprendre une entreprise de "désacralisation" qui aura des répercussions considérables, en son temps déjà, et qui, pour nous aujourd'hui, doit nous permettre de contester un certain nombre d'idées reçues concernant aussi bien la pollution, la pureté, que les pratiques religieuses et leurs possibles déviations. Cela va très loin. Essayons de le comprendre.

Propreté ou pureté ?

Au point de départ, on trouve, dans la Bible, des prescriptions liées au culte divin et qui concernent les prêtres : on ne peut pas s'approcher du lieu saint sans être purifié. Très bien. Mais progressivement, on va imposer à tout le peuple, et sous l'autorité de la Loi, c'est-à-dire de Dieu, des prescriptions de pureté qui ne concernaient, au début, que les prêtres. En d'autres termes, on va "sacraliser" ce qui n'était au départ que fait de civilisation, relevant d'une culture particulière. On impose aux hommes, comme venant de Dieu, ce qui ne vient que de l'homme, d'une tradition particulière. On passe de la notion de "propreté" à celle de "pureté".

Retour à l'essentiel.

Si les disciples, au grand scandale des pharisiens et de quelques scribes, se mettent à table sans s'être lavé les mains, c'est que Jésus a dû souvent leur expliquer qu'il ne fallait pas "mettre la charrue avant les bœufs", que l'essentiel n'était pas dans le respect de la tradition, même si elle était couverte de l'autorité divine de la Bible, mais dans l'observation de l'unique et essentiel commandement : " Tu aimeras". C'est pourquoi, lorsque les pharisiens l'interpellent, Jésus répond en citant Isaïe : "Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C'est en vain qu'ils me rendent un culte, car les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes d'hommes". Et il ajoute : "Vous laissez de côté le commandement de Dieu et vous vous attachez à la tradition des hommes."

Traduisons pour nous aujourd'hui. Notre manière de célébrer les sacrements, par exemple, nos rites, etc., sont institutions humaines. Il ne faut pas les "sacraliser". Il serait dommage de se braquer sur des "préceptes humains" jusqu'à oublier la parole de Dieu. On peut s'obliger à aller à la messe tous les jours et rendre la vie impossible à son entourage. On voit, hélas, des chrétiens très fidèles aux pratiques religieuses et complètement fermés à ce qui se passe dans les rapports sociaux, qui sont encore des rapports de force. Fermés à ce qui se passe en Afrique, en Amérique latine ou, plus près de nous, à la misère dans certains quartiers. Saint Jacques nous le rappelle aujourd'hui : "La manière pure et irréprochable de pratiquer la religion, c'est de venir en aide aux orphelins et aux veuves dans le malheur, et de se garder propre au milieu du monde."

Le pur et l'impur.

" Se garder propre". Plus question ici de pur et d'impur. Saint Jacques a bien compris que "ce qui vient à l'homme de l'extérieur ne peut le rendre pur ou impur". Jésus avait déjà dit : "Ne craignez pas ce qui peut tuer le corps, mais ce qui a le pouvoir de mettre l'homme tout entier dans la géhenne". Il établissait ainsi une nouvelle loi du pur et de l'impur. Elle est fondée sur "ce qui entre dans l'homme" et "ce qui sort du cœur de l'homme". Traduisons encore : rien de ce qui affecte un homme du dehors, sans qu'il l'ait choisi, ne peut diminuer sa valeur et à plus forte raison entraver son approche de Dieu. Or c'est la plus ou moins grande proximité de Dieu qui juge un homme. Tout le reste est accessoire. A une époque comme la nôtre, où règne de plus en plus la peur de la pollution, la crainte devant toute contamination, Jésus rappelle, en inversant le problème, que toute pollution vient de notre cœur. Ce qui rend l'homme "impur", c'est le mal qu'il choisit ou accepte de faire aux autres. Voir la liste que nous donne Jésus : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidité, perversité, etc. En d'autres termes, notre volonté de puissance, notre volonté de posséder, d'annexer, de dominer. Notre peur de n'être pas reconnu, aimé ; notre défiance. Tout cela concerne la relation avec les autres, alors que les prescriptions de pureté légale concernaient avant tout la relation avec des choses, des objets. Et c'est parce que tout cela sort de nous, parce que c'est le fruit de notre liberté que cela nous affecte. Jésus ne dit pas que c'est la faute du démon, de la tentation : il fait sortir tout le mal humain du "cœur de l'homme". Jésus ramène tout à la liberté. C'est d'ailleurs pour cela qu'il nous rend libres, purs, vis-à-vis de tout ce qui peut nous atteindre du dehors.

Il faut choisir.

Bien sûr, nous sommes toujours tentés de faire passer les traditions des hommes, les rites extérieurs, avant les commandements de Dieu. On s'enferme à bon compte dans un univers de bonne conscience, sans nous rendre compte de la dureté de notre cœur, qui nous conduit à écraser les autres. Et voici que la Parole de Dieu est là, au fond de notre cœur, pour nous aider à faire le départage entre le bien et le mal, le pur et l'impur. En définitive, est pur tout ce qui ouvre l'homme à Dieu, à la vie, à ses frères. Est impur tout ce qui l'en détourne. Le Christ fait appel à notre liberté A chacun de nous de choisir, jour après jour. C'est cela, être responsable.

"Ils prennent leur repas avec des mains non lavées."

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats. – Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas sans s’être lavés les mains. » Jésus leur répond : « Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l’Écriture : ‘Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains’. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. »

Puis Jésus appela de nouveau la foule : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »

Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans et rend l’homme impur. »

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 7, 1..23

VINGT-DEUXIEME DIMANCHE ORDINAIRE B

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Propreté, pureté ?

Dans la Bible, il y a de nombreuses pages qui contiennent des prescriptions d'ordre simplement hygiénique : d'hygiène personnelle, d'hygiène corporelle. Mais, très vite, la Bible donne à ces prescriptions un sens, une valeur autre que celle d'une recommandation de propreté. Dieu dit : «Soyez saints comme moi, je suis saint. Vous êtes un peuple dont je suis très proche. Il faut donc que vous puissiez vous approcher de moi». D'où la transformation progressive de l'idée de propreté en l'idée de pureté légale. Mais il s'agit encore de pureté externe. Il s'agit de se laver, pour être un peuple saint. Puis, au moment de l'occupation grecque, alors que le pays risque de perdre son identité, on renforce encore ces prescriptions légales en obligeant tout le peuple à respecter les obligations autrefois édictées uniquement pour la caste des prêtres. On multiplie les ablutions légales : si on touche un objet, il faut se purifier de ce contact. Si on côtoie un païen, il faut se laver. Pour être le peuple de Dieu, un peuple saint. Il y a là une belle idée. Mais pour que ce soit valable, il faudrait ne pas perdre le vue la finalité de telles prescriptions. Le but, c'est d'être proche de Dieu. Or, la multiplication des obligations va noyer l'essentiel sous un flot de prescriptions annexes, si bien qu'on risque d'en oublier le grand commandement. De plus, on risque de sombrer dans la pire hypocrisie : cet ensemble de règles risque de donner bonne conscience aux gens : pour être pur, il suffit de se laver les mains ! Et j'imagine très bien comment Jésus a dû choquer ses disciples, la première fois qu'il leur a dit : «Vous savez, se laver les mains, cela n'a pas grande importance. Ce n'est pas cela qui compte. La vraie religion, c'est autre chose». Jésus a dû rabâcher cela pendant des mois, avant que les disciples osent se mettre à table sans avoir fait les ablutions rituelles.

C'est ce qui scandalise les pharisiens : «Pourquoi ne respectent-ils pas la tradition des anciens ?» Jésus leur répond en disant une chose essentielle, pour eux, et pour nous aussi : «Ce n'est pas ce qui est extérieur à l'homme qui crée le mal de l'homme, mais ce qui est en lui, dans son cœur». Or, si vous faites bien attention à cette parole, vous vous apercevrez qu'elle est le contraire de ce que les gens pensent, de ce que vous et moi pensons habituellement.

Légalisme

Je ne pense pas simplement à des prescriptions de légalisme religieux. Encore que... combien de gens qui se contenteront de ne pas manger de viande le Vendredi-Saint pour se croire chrétiens ! Ou, plus grave encore, combien de bons chrétiens qui se donnent facilement bonne conscience parce qu'ils ne manquent pas la messe du dimanche ! Non, ce que je veux vous expliquer est plus grave, plus profond.

Vous connaissez tous cette phrase célèbre de Jean-Jacques Rousseau : « L'homme naît bon. C'est la société qui le déprave ». Cette parole exprime la plus grave erreur qu'on puisse faire sur l'homme. Or, depuis plus de deux siècles, cette pensée s'est généralisée, s'est ancrée dans l'esprit de l'humanité. Probablement même dans notre esprit, à vous et à moi, sans que nous soyons bien conscients de la gravité d'une telle affirmation. Nous pensons facilement que le mal est extérieur à nous-mêmes, qu'il est dans les formes de société, qu'il est dans les manières d'être, dans les comportements collectifs, bref, qu'il est partout, sauf en nous. Que nous, nous sommes naturellement bons.

Changez vos coeurs

Or, cette pensée a influencé les grands philosophes du siècle dernier. Voyez Karl Marx. Il fait une analyse lucide de la société industrielle au siècle dernier. Et il conclut de cette analyse qu'il suffira de changer les conditions économiques, le système politique, pour que l'homme trouve le bonheur dans une société juste. Tous les régimes marxistes sont partis de cette analyse : ils ont bouleversé les structures économiques, se sont donné les moyens de réussir une société nouvelle. Vous avez sous les yeux aujourd'hui les résultats : non seulement une société qui écrasait l'homme, mais une société d'injustice telle qu'une minorité de parvenus vivait grassement au détriment de tout un peuple. On a oublié que le mal (injustice, volonté de puissance, mensonge, débauche...) existe d'abord dans le cœur de l'homme, et qu'on ne change pas la société sans changer l'homme.

Je ne nie pas que l'environnement économique, familial, national, ait une influence sur l'individu ; mais si je ne mets pas le mal où il est d'abord, c'est-à-dire en l'homme, je détruis tout sens de la liberté, et donc de la responsabilité, pour chaque individu. Au fond, ce que Jésus nous rappelle, c'est la théologie du péché originel. Il n'est pas vrai que l'homme naisse bon. Voyez le petit bébé, déjà ! Et si nous avons perdu cette conscience que le mal existe déjà en nous, c'est grave. Pas étonnant qu'on néglige tant le sacrement de pénitence, par exemple. Et est-ce du fond du cœur, ou du bout des lèvres que, chaque dimanche, pour commencer la célébration, nous nous reconnaissons pécheurs ?

Non, c'est en chacun de nous que, même dans le système politique et économique le meilleur, dans les circonstances les plus favorables à l'éclosion de notre personnalité, s'exercent la violence, la jalousie, la volonté de puissance, la méchanceté. Le redire, s'en convaincre, c'est faire appel à ce qu'il y a de meilleur dans l'homme : le sens de sa propre responsabilité, dans la liberté. Je ne suis pas un robot. Je ne suis pas conditionné, aliéné : j'ai la possibilité de choisir entre le bien et le mal. Trop souvent, nous avons cru opérer des libérations à bon compte. Il n'y a qu'une seule libération, c'est celle que nous apporte la Parole de Dieu, l'Évangile pour aujourd'hui : elle consiste à changer nos cœurs.

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