dimanche 9 août 2009

ASSOMPTION DE MARIE

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint et s'écria d'une voix forte : «Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.» Marie dit alors : «Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante : désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles : Saint est son nom ! Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères en faveur d'Abraham et de sa race à jamais.»

Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 39-56

L’ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE.

La dernière mention qui est faite de Marie dans les Écritures est au livre des Actes des Apôtres. Marie est présente au Cénacle, avec les Apôtres, le jour de la Pentecôte. Ensuite, on ne sait plus rien de son destin terrestre. Quelques siècles plus tard, les grands conciles la diront « Mère de Dieu ». Mais ce n’est qu’à la fin du 7e siècle qu’on célébrera le 15 août la fête de la « Dormition de Marie », une expression pleine de poésie qui désigne bien le passage serein et en quelque sorte « naturel » que fit Marie, de la vie terrestre à la vie éternelle. Puis on parla d’assomption : Marie est assumée, introduite dans la gloire de Dieu. Ce n’est que beaucoup plus tard, lorsque l’on en vint à penser le ciel, non comme un état, mais comme un lieu, qu’on parla de Marie qui « monte » vers le ciel.

Quoiqu’il en soit de nos représentations mentales, le dogme de l’Assomption, défini par le Pape Pie XII en 1950 comme vérité de foi, est dans la logique de toute notre foi en la « résurrection de la chair » que nous exprimons chaque fois que nous disons le Credo. En Jésus, « le Fils premier-né », l’humanité créée à l’image de Dieu a atteint la plénitude de son développement. Jésus, lors de sa résurrection, est entré avec tout son être, corps et âme, dans la gloire éternelle du Père. Et nous de même, nous sommes appelés à cette éternité de vie avec tout notre être, corps et âme. Et Marie ? Eh bien, simplement, nous disons qu’elle est entrée avant tous les autres dans la gloire de son fils, simplement parce qu’il est « chair de sa chair ». Savoir qu’après sa mort elle a été « assumée » dans la même gloire que Jésus nous révèle la grandeur et la dignité de notre nature humaine.

Les textes du Nouveau Testament que la liturgie de ce jour propose à notre réflexion nous disent que cela ne va pas de soi, et qu’il y a un immense combat qui se livre, tout au long de l’histoire humaine, pour l’avènement réel de cette dignité de toute personne humaine, de toute l’humanité.

L’Apocalypse voit deux grands signes dans le ciel : la Femme et le Dragon. Des « signes » ont évidemment une « signification ». A l’époque où le livre a été écrit, la jeune Église chrétienne, symbolisée par « la Femme » était en proie à la persécution de la part du pouvoir romain, symbolisé par le « Dragon ». Beaucoup de chrétiens étaient mis à mort parce qu’ils osaient confesser publiquement leur foi et refusaient de renier le Christ lorsqu’on voulait les y forcer. Donc, nous sommes dans une époque conflictuelle : l’Apocalypse est un écrit « subversif ». Il en est de même du Magnificat, où Marie décrit bien les deux règnes dont parle l’Apocalypse.

Souvent, nous chantons le Magnificat d’une façon un peu distraite et même fort distraite. Mais si nous le replaçons dans le contexte de l’Evangile, nous verrons qu’il ne s’agit pas seulement d’exclamations de louange et d’action de grâce, mais de propos proprement subversifs. Marie oppose ceux qui craignent Dieu, les humbles, les petits, les affamés, aux superbes, aux puissants, aux riches, aux oppresseurs. « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles ; il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides ». Propos révolutionnaires ! Marie décrit des situations sociales qui ne sont guère différentes de celles qui, de nos jours, sont celles de millions de personnes. Et elle annonce que, dans ces situations, Dieu prend parti.

Chaque fois qu’au cours de l’histoire on relit cette vision de l’Apocalypse et ce Magnificat, ils prennent uns signification nouvelle dans chaque contexte différent. Il y a, d’abord, aujourd’hui, les chrétiens persécutés, un peu partout à travers le monde, à tel point que le XXe siècle a pu être dit « siècle des martyrs » par Jean-Paul II. Mais également d’une façon peut-être plus massive que jamais auparavant, les faibles et les petits sont écrasés par les grands et les puissants. Au cours des premiers siècles, c’était l’empire romain qui menait une guerre sainte, au nom de la religion de l’Etat contre les « sectes » nouvelles. Aujourd’hui, les humbles et les affamés dont parle Marie ce sont les innombrables nations, et même des continents entiers, laissés pour compte par l’oppression massive des puissants sous couvert d’une soi-disant mondialisation. Le Dragon n’est jamais loin, toujours prêt à détruire la dignité de l’humanité à travers toutes les formes d’exploitation de l’homme par l’homme, à travers les guerres et toutes leurs conséquences déshumanisantes.

Il y a donc un immense combat qui se livre, tout au long de l’histoire humaine, pour l’avènement réel de cette dignité de toute personne humaine, de toute l’humanité. Allons plus loin. La leçon que nous pouvons tirer de cette célébration de l’Assomption de Marie est aussi un rappel de l’éminente dignité, non seulement de la personne humaine, mais déjà de la vie humaine, du corps humain. En effet, le mépris de la personne, de la vie, du corps humain semble avoir pris de nos jours des proportions aberrantes.

On ne peut plus ouvrir sa télévision sans qu’on ne nous montre tous ces corps détruits ou mutilés par la guerre, par la violence de brutes armées, par tellement d’attentats. On ne peut plus ouvrir un journal sans apprendre les méfaits de la drogue, les violences conjugales, les abus du corps par la prostitution, y compris celle d’enfants. On pourrait allonger la liste. Avec notamment ces formes d’assassinats qu’on appelle « peine capitale » ou « suicide assisté ». Tout cela montre à quel point nous avons perdu le sens de la dignité du corps humain, de l’homme et de la femme. L’Assomption de Marie, corps et âme, en Dieu, nous rappelle que notre corps, parce qu’il est appelé à la gloire même dans laquelle se trouve déjà Marie, est digne du plus grand respect. Il s’agit là d’une question de morale personnelle, mais aussi d’une question de moralité publique, politique et sociale.

« Marie, dit saint Luc laconiquement, demeura avec Elisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle ». Demandons à Marie de multiplier pour nous ces visites de « trois mois » : elles nous prépareront à notre propre naissance à la plénitude de la Vie.